A- L’épistémologie Intro

Avant de commencer toute discussion sur la scientificité du marketing, il convient d’abord de comprendre ce qu’est la science ? y’a t’il des critères de démarcation claires entre science et pseudo-science ou non-science ? comment se fait la logique de la découverte scientifique ? y’a t’il des protocoles spécifiques à suivre pour garantir la rigueur et le sérieux d’une découverte ? etc…. avec toutes ces questions nous faisons déjà ce qu’on appelle la philosophie des sciences ou l’épistémologie.

1- C’est quoi ce nom complexe « épistémologie » ?

L’épistémologie (du grec ancien ἐπιστήμη / epistếmê « connaissance, science » et λόγος / lógos « discours ») désigne soit le domaine de la philosophie des sciences (Francophone) qui étudie les sciences particulières, soit la théorie de la connaissance en général (Anglophone).

2- Concrètement ça sert à quoi tout ça ?

« C’est le liquide amniotique dans lequel baigne une pensée, une idée, une philosophie. Étudier l’épistémologie d’une manière de comprendre le monde c’est tenter de prendre conscience des déterminismes qui la contraignent, l’encadrent, la bornent. L’épistémologie c’est un peu l’éducation qu’aurait reçue un enfant dans sa prime jeunesse et qui l’influence plus ou moins consciemment toute sa vie durant : pour comprendre cet enfant, vous n’êtes pas obligé d’interroger ses parents et ses grands-parents, mais il est plus que probable que vous allez trouver des informations pertinentes à son sujet en comprenant comment il a été élevé. »

De plus, l’épistémologie à une importance monumentale sur le développement de la science et sa compréhension. Si vous pensez que les idées sont stockées dans une sorte de grand réceptacle dans le monde éthéré et que nos âmes s’y projettent pour en ramener de temps à autre (c’est la théorie platonicienne), c’est très différent que si vous croyez que nous constituons nos concepts par l’observation objective de la réalité ! Et pourtant c’est une simple question de connaissance ! Mais cette simple question (comme vous dites) induit de très grandes répercussions sur la métaphysique et sur la définition de la réalité.

C’est un outil important, il me semble parce qu’il montre comment une métaphilosophie, un peu cachée, un peu ignorée, est à la base d’une très grande partie de notre pensée. C’est toujours intéressant de voir la mécanique, surtout quand on s’aperçoit que presque tous les pans de notre société la partagent.

3- Globalement, pouvons nous connaître les principaux courants existants ?

Le tableau résume assez brièvement les principaux courants observés sur les 2 extrémités du continuum de la logique de la construction scientifique. A gauche, nous avons le courant positiviste croyant en une seule réalité, mesurable et objective, scientifiquement accessible. De l’autre côté, vous avez le courant qui prône une réalité multiple, inaccessible par nos sens directement, et qui encourage une vision plus subjective et interprétative.

Avant d’aller plus loin, il convient de préciser que nous tirons nos concepts fondamentaux des extraits du livre de Alan Chalmers (What is this thing called science, 2nd édition).

La structure sera comme suit : Inductivisme (vision intuitive des sciences) >>> Falsification de popper (Théorie précède la science) >> Lakatos (construire la science comme une structure avec noyau infalsifiable) >> Kuhn (S’inscrire dans une façon de voir le monde ou paradigme) >> Objectivisme, rationalisme et relativisme >> L’anarchie de Feyerabend >> Réalisme et instrumentalisme >>

Premier courant ou programme : L’inductivisme « Naif »

Le savoir est issu des faits de l’éxpérience selon l’inductiviste « naif » ! la science commence simplement pas l’observation. L’induction consiste à se fonder sur l’observation de cas singuliers pour justifier une théorie générale ; c’est l’opération qui consiste à passer du particulier au général. Le problème est de savoir s’il peut être épistémiquement valide de croire que les théories universelles sont justifiées voire vérifiées par la seule prise en compte d’un grand nombre d’observations singulières passées.

L’énoncé universel/général = Somme (des énoncés singuliers) — A force de voir le caractère A se répéter chez les oiseaux B, ont dit que tous les B ont le caractère A

Un énoncé universel est construit sur 3 fondements : Nombre de répétitions important des énoncés singuliers + énoncés singuliers répétés dans un large nombre de conditions + aucun énoncé singulier ne doit être en conflit avec un l’énoncé universel

Séquence de l’inductivisme : Faits >>>induction >>>Lois générales >>>déduction logique >>>prédiction et explication

Si les prémisses (1) et (2) sont fausses la conclusion (3) le sera aussi ! exemple : si (1) est un énoncé singulier qui dit que l’animal observé est un chat, et que l’énoncé universel (théorie) dit que tous les chats ont 5 pattes (2), il y’a de fortes chances de conclure que le chat observé a 5 pattes (3) par déduction logique ! donc la logique n’a pas empêché l’erreur de conclusion !

On appelle conditions initiales, les énoncés décrivant avec précision la configuration de l’étude (dispositif expérimentaux), ce sont les conditions dans lesquelles le test ou l’observation s’est déroulée et il est déterminant de les conserver.

Inconvénients de l’induction « naïve »: nous pouvons déconstruire selon Chalmers la position inductiviste par les 3 fondements qui la constituent : Tout d’abord, aucun énoncé singulier ne doit être en conflit avec l’énoncé universel (comment justifier alors ce principe d’induction à partir de cette règle ?) :

Justification logique : comme pour le cas de la déduction, les arguments logiques sont valides si leur prémisse est vraie. la conclusion d’un argument inductif peut être fausse et ses prémisses vraies sans qu’il y’ait contradiction. Exemple: Ayant observé un grand nombre de corbeaux, dans des circonstances variées, qu’ils sont tous noirs, je conclue que tous les corbeaux sont noirs. les prémisses d’observations sont constitué de nombreux énoncés du type « le corbeau x a été observé noir à l’instant t » mais la logique n’offre aucune garantie logique que le prochain corbeau observé ne sera pas rose ! (Exemple de la dinde inductive qui croyait manger chaque jour à 9H, jusqu’à ce qu’un matin ils l’ont mangé — cité par Russel Bertrand)

Justification par l’expérience : « le problème d’induction » c’est l’argumentation circulaire inhérente à l’induction (le principe d’induction a marché pour le cas x1, le principe d’induction a marché pour le cas x2, ….. le principe d’induction marchera à tous les coups). (Poupées russes) ! Hume a dèjà réussi à démontrer ce problème de circularité (voir video)

Sur le premier et second fondement (clause du grand nombre et variété des situations) : combien d’observations faut t’il ? quels critères considérer comme variables significatives pour le test pour éliminer les variations « superflues » ? (varier la pression ? la température ? Le jour ? le lieu ? l’expérimentateur ? etc…)

Le repli vers la probabilité des inductivistes pour contourner les critiques : (Le soleil se couchera chaque jour ne sera pas forcément vrai parce que nous l’avons observé plusieurs fois dans des circonstances variées, en antarctique et arctique il y’a des jours ou le soleil ne se couche pas !). La connaissance scientifique n’est pas une connaissance prouvée, mais elle représente une connaissance qui est probablement vraie. On passe donc à une version probabiliste de l’inductivisme.

Le problème se pose lorsqu’on essaye de préciser le degré de probabilité d’une loi ou théorie en général, avec une théorie de probabilité standard, il est quasi-impossible de donner une probabilité d’un énoncé universel qui soit différente de 0 quelque soient les données ! La raison est simple, toute preuve par l’observation consistera en un nombre fini d’énoncés d’observations, là ou un énoncé universel prétend rendre compte d’un nombre infini de situations possibles. La probabilité pour qu’une généralisation universelle soit vraie est donc un nombre fini divisé par un nombre infini, quotient qui reste nul ! aussi élevé le nombre d’énoncé d’observation constituant la preuve.

Parmi les voies pour contourner ce problème de quotient nul, le fait de privilégier la probabilité que les énonces singuliers soient corrects au lieu de chercher à donner une probabilité aux énoncé universels (Ex, quel est la probabilité que le soleil se couche se soir ? au lieu de quelle est la probabilité que le soleil se couche chaque jour). Ceci n’atténue pas les défauts de l’inductivisme « naif » mais ne le réfute pas complétement non plus.

La dépendance de l’observation par rapport à la théorie :

L’inductivisme se base sur 2 éléments clés : (  L’observation fournit une base sure // La science commence par l’observation)

L’observation fournit t’elle une base sure ? pas si sur que ça !😉 Nous percevons le monde qui nous entoure avec nos 5 sens, prenons le cas de la vision. Pour l’inductiviste nous accédons plus ou moins directement a certaines propriétés du monde qui nous entoure avec notre vue, si nous prenons 2 observateurs ils verront alors la même chose si on se tenait aux lois de la physique. Mais des éléments indiquent que 2 observateurs normaux voyant le même objet dans les mêmes conditions physiques ne verront pas nécessairement des expériences visuelles identiques ! la plupart d’entre nous verrons dans le schéma plus haut un escalier qui nous présente la face supérieure de ses marches, mais nous pouvons le voir autrement ! ces changements de perception sont involontaires, même si l’image rétinienne ne change pas ! donc le changement dépend que quelque chose d’autre. Hansen dans son ouvrage « patterns of discovery » cite plusieurs autres exemples (voir le dessin ci dessous) :

« Note the picture to the right. It’s a bear climbing a tree. Once you have that ‘theory’ in your mind, you see it instantly, but without that information you see, I dunno, some bugs climing a string or something. This is an example of observation being ‘theory laden’. Observation of x is shaped by prior knowledge of x. People see different things because they focus on different aspects of what is there, which invariably is multidimensional and so ambiguous. » Source : Hanson’s Theory Ladenness

Un jeu pour enfants avec une énigme est un autre exemple. Les enfants cherchent à trouver un visage humaine dans le feuillage d’un arbre.  Ce que voit l’observateur dépend donc de ses expériences passées, de ses connaissances et de ses attentes ! Un autre exemple, serait celui d’un étudiant en médecine à qui on apprend à établir un diagnostic depuis une radiographie X. Il ne comprendra rien au départ de ce que son professeur lui montre au départ comme amas de tâches et zone d’ombre, mais au fur et à mesure son oeil sera exercé et pourra capter les détails avec expertise.

Les énoncés d’observation présupposent donc une théorie ! et sont par conséquent tout aussi faillibles que la théorie qu’ils présupposent ! Des théories précises et clairement formulées, sont une condition préalable pour avoir des énoncés d’observation précis (exemple du mot « force » en physique qui détermine un concept précis dans le cadre de la mécanique newtonienne » ). Il est donc faux de dire que la science commence par l’observation.

Exemple : un enseignant montre un « morceau de craie » à côté du tableau, ceci peut être faux ! cet énoncé d’observation contient une généralisation élémentaire qui voudrait que tous « les bâtons blancs a coté de tableaux dans des classes sont des morceaux de craies » ! ce qui n’est pas forcément vrai ! l’enseignant doit donc procéder par étapes pour tester la vérité de l’énoncé, mais il plus le test sera rigoureux plus on fera appel à de la théorie et pis, on s’aperçoit qu »on ne pourra pas atteindre la certitude absolue ! il pourra passer la craie sur tableau pour faire donc un trait blanc, ce qui suppose une nouvelle généralisation (tout ce qui laisse des traces blanches sur le tableau est une craie), faire des expériences chimiques, etc…. donc on mobilisera de plus en plus de théories et généralisations !

Les observations et expériences sont faites pour tester et faire la lumière sur une théorie. Les inductivistes cherchent à contourner ces critiques en séparant le mode de découverte et le mode de justification.

Pour résumer  : c’est pas aussi simple que de dire, il suffit d’observer pour arriver à construire la science ! l’observation n’est pas suffisante, et elle n’est jamais indépendante de ce que vous savez et de ce que vous attendez à voir. Peut être qu’il vaut mieux commencer par construire des théories puis les confronter à l’observation !? allons voir plus loin

Second courant ou programme : Le falsificationnisme par Karl Popper

Le falsificationiste n’a aucun mal à admettre que l’observation est guidée par la théorie dont elle présuppose l’existence ! et il renonce à toute prétention d’établir la vérité des théories – ou leur vérité probable – à partir des faits d’observations. La science progresse par essais et erreurs (trial and fail), par conjectures et réfutations.

Une fois énoncés, les théories spéculatives (ou conjectures) doivent être confrontées rigoureusement et impitoyablement aux tests de l’observation est l’expérience ! seules les théories les mieux adaptés survivent ! une théorie ne sera jamais vraie, elle sera la meilleure disponible jusqu’à preuve du contraire !

La logique appuie le falsificationnisme : la fausseté des énoncés universels peut être déduite d’énoncés singuliers appropriés. Exemple : si on aperçoit une fois à un instant t à un lieu x que le corbeau n’est pas noir, la conclusion depuis cette prémisse devient que tous les corbeaux ne sont pas noirs et par conséquent il y’a effondrement de l’énoncé universel que les corbeaux sont tous noirs !

Toute hypothèse doit donc être falsifiable pour accéder au statut de loi ou théorie ! la logique doit autoriser l’existence d’un énoncé ou une série d’énoncés d’observation qui lui sont contradictoires, c’est à dire qui la falsifieraient si ils se révélaient vrais !

Exemples falsifiables : (Loi porteuse de valeur informative)

– il ne pleut jamais les mercredis       //  Les corps se dilatent quand ils sont chauffés

Exemples non falsifiables : (ne nous apprend rien sur le monde ! ils seront toujours vrais, le monde aura toute les propriétés  )

– Soit il pleut soit il ne pleut pas  // On peut avoir de la chance dans les paris sportifs

Popper affirme qu’une bonne théorie scientifique doit assumer le risque d’être rejetée (falsifiable), sinon elle n’a aucune valeur informative (c’est le cas de la psychanalyse de Freud ou la psychologie d’Adler, ou des théories sociales et psychologiques, comme pour l’exemple de l’horoscope et des paris sportifs on ne pourra jamais falsifier ces théories émises !)

Dans cette démarche, la théorie doit donc précéder l’observation4.

Il rejette cette méthode de l’induction et formule ainsi une critique méthodologique, indépendante de notre capacité à modéliser les raisonnements inductifs, l’induction étant un type de raisonnement courant d’un point de vue cognitif (voir à ce propos le théorème de Cox-Jaynes). Il va lui substituer le principe de la réfutabilité empirique (anglais : falsifiability). C’est ce principe qui va devenir le critère de démarcation entre science et non-science proposé par Popper.

Il peut être ainsi formulé : « Si on entend par énoncé de base un rapport d’observation, une théorie est dite scientifique si elle permet de diviser en deux sous-classes les énoncés de base :»

  • « la classe des énoncés qui la contredisent, appelés falsifieurs potentiels (si ces énoncés sont vrais, la théorie est fausse), »
  • « la classe des énoncés avec lesquels elle s’accorde (si ces énoncés sont vrais, ils la corroborent). »

Le critère de falsificabilité de Popper peut être apparenté dans son principe à un test de falsificabilité bayésien, hormis le fait qu’il travaille uniquement en logique discrète (vrai/faux) tandis que les bayésiens font varier les valeurs de vérité sur une plage continue de l’intervalle ]0;1[.

Plus la théorie est falsifiable meilleure elle sera. Autrement dit, plus une théorie fait d’assertions de portée très générale sur le monde, plus elle est hautement falsifiable. Exemple : a-Mars se déplace autour du soleil, b- Toutes les planètes se déplacent autour du soleil

La loi « b » nous dit tout ce que nous dit « a » et plus encore ! les falsificateurs virtuels de « a » forment une sous-classe des falsificateurs virtuels (potentiels) de « b ». Il faut toujours favoriser les théories hautement falsifiables

La falsificationnisme encourage les théories les plus spéculatives à condition qu’elles soient clairement formulées pour être falsifiables. La précision aussi est très demandée dans la formulation.

Les critères de scientificité de Popper posent problème dans les sciences humaines, où ils sont difficiles voire impossibles à appliquer. En effet :

  • l’expérimentation contrôlée y est la plupart du temps impossible, notamment dans les sciences sociales ; mais c’est le cas aussi en astronomie, paradigme de la science.
  • la comparaison de situations observées n’est pas probante car il est impossible d’être sûr que toutes les conditions sont les mêmes ; mais il faut procéder à des « analyses situationnelles », lesquelles intègrent des généralités de tout ordre.
  • il est difficile de séparer les effets des différentes causes qui interviennent dans les situations observées. Mais ce problème est tout à fait général.

Il en résulte que le critère de réfutabilité n’est opératoire que dans les sciences expérimentales ou d’observation, comme l’astronomie ou l’histoire (observation critique des documents de tous ordres). Cette position est celle du dualisme méthodologique, selon lequel les méthodes applicables aux sciences de la nature d’une part, et celles applicables aux sciences humaines d’autre part, sont différentes. Elle est l’un des fondements de l’École autrichienne d’économie. Popper quant à lui soutient à la fois l’unité méthodologique de toutes les sciences, et la spécificité des sciences humaines, ou un « principe de rationalité » est souvent à l’œuvre.

Séquence du falsificationnisme : Problème sur le monde >> Théories et hypothèses >> Tests >> soit falsifié / soit corroboré >> Problèmes nouveaux >> progrès continue

On démarre depuis la théorie pour le falsificationnisme et non depuis l’observation !

Le falsificationnisme sophistiqué : Mise en compétition des théories avec une vision dynamique des sciences, une théorie nouvelle proposée sera meilleure si elle est plus falsifiable que sa rivale, et en plus si elle est capable de prédire un nouveau type de phénomène que l’autre n’avait pas vu ! (il n’existe pas de mesure de falsifiabilité, vu que les falsificateurs potentiels d’une théorie sont en principe illimités)

Il n’est pas nécessaire d’inventer des dispositifs « Ad HOC » pour défendre une théorie car ça ne passe pas auprès des falsificationnistes ! exemple « le pain est nourrissant » un jour dans un village des gens sont empoisonnés (théorie d pain falsifiée), alors on change la première assertion pour dire « le pain est nourrissant sauf pour le village ou les gens sont empoisonnés ».  La théorie modifiée est moins falsifiable que l’originale dans ce cas.

Si on modifié la théorie avec « le pain est nourrissant sauf celui qui contient un champignon x » le diapositif de test de la théorie change, à ce moment là ça devient acceptable ! et ça nous apprend quelque-chose de nouveau. Le vrai progrès scientifique résulte de l’un des deux cas : Les conjectures audacieuses sont confirmées (corroborées) sinon Les conjectures prudentes seront falsifiées. Autrement dit, une idée folle est vraie, ou une idée classique est fausse ! L’audace est relatif à un corpus de connaissance de l’époque en question, les inductivistes eux font des postulats ahistoriques, là encore la perspective historique des falsifactionistes éclaire le progrès scientifique.

Les limites du falsificationnisme : Il n’existe pas d’énoncés d’observation fiables, empiriquement parlant rien n’est sur, et par conséquent la falsification elle même sur la base d’énoncés d’observation faillibles ne peut être établie. Aussi, la complexité des situations de tests réalistes est assez dure à établir, pour reproduite des conditions de tests correctes, il y’a toujours moyen de trouver un procédé ingénieux pour éviter de falsifier la théorie. Autre point, L’histoire des sciences ne donne pas forcément raison a la logique falsificationiste, puisque beaucoup de théories auraient pu être falsifiées dés le début et ne verraient jamais le jour.

Pour résumer, le falsificationisme dit qu’une théorie est la meilleure disponible jusqu’à preuve du contraire, et la communauté de recherche doit s’acharner à la falsifier à travers le temps. C’est ce qui fera le progrès et dynamisme des sciences. Une théorie ne prétend jamais détenir la vérité absolue, elle sera juste la meilleure disponible à ce jour ! Le falsificationisme souffre du même souci de l’inductivisme quant à la faillibilité des énoncés d’observation, et l’histoire ne lui donne pas forcément raison dans la construction des théories !

Troisième courant : Les théories comme des structures

A- Les programmes de recherche de IMRE LAKATOS (Le mi-chemin entre Popper et Kuhn), ou l’apogée du falsificationisme

Les théories doivent être considérées comme des structures. L’inductivisme avec les lois dérivées de l’observation, aussi bien que la logique falsificationniste de conjecture et réfutation échouent à expliquer clairement le développement des sciences (ex: Développement de la théorie de Copernic sur plus d’un siècle). Au delà de cet aspect historique qui nous amène vers une lecture des théories comme des structures évoluant dans le temps, la structuration des théories permet d’utiliser un jargon précis relatif à la théorie ce qui lui confère un aspect de précision et d’exactitude requis pour les sciences (parler de masse dans les lois de newton est précis, parler de démocratie c’est aborder un mot vague).

Les scientifiques travaillent dans le cadre de programmes de recherche scientifique qui comportent un noyau dur et une ceinture protectrice d’hypothèses auxiliaires. Seules ces dernières sont soumises à réfutation. Un programme de recherche est caractérisé à la fois par une heuristique positive (ce qu’il faut chercher et à l’aide de quelle méthode) et une heuristique négative (les domaines dans lesquels il ne faut pas chercher et les méthodes qu’il ne faut pas employer).

Un programme de recherche peut être progressif (générateur de connaissances nouvelles, capable de prédire des faits inédits et d’absorber les anomalies, gagnant en influence) ou régressif (devenu incapable de prédire des faits inédits, perdant de l’influence et des adeptes parmi les scientifiques). Des programmes de recherche concurrents peuvent donc coexister durablement, ce qui contribue à expliquer la vivacité des débats scientifiques.

Exemples de noyaux durs (infalsifiables définis par la communauté) :

Astronomie Copernicienne : Hypothèse que la terre et les planètes gravitent autour du soleil stationnaire, et que la terre tourne autour de son axe en un jour

Matérialisme historique de Marx : Le changement social s’explique par la lutte des classes et les détails de la lutte déterminés par l’infrastructure économique.

Lakatos critique la vue relativiste et défend le rationalisme en disant : « S’il n’y pas moyen de juger une théorie autrement qu’en évaluant le nombre, la foi, et la puissance vocale de ses partisans, alors la vérité se trouverait dans le pouvoir » et le changement scientifique devient un sujet de « psychologie de foules », et le progrès scientifique consisterait à se rallier au camp le plus fort.

Il est impossible d’établir la supériorité d’un programme de recherche ou sa dégénérescence car on sait jamais si nous sommes à l’aube d’une découverte majeure. Un bon programme doit (1- garantir une cohérence de sa définition 2- Avoir des succès de temps en temps)

A- Les paradigmes de recherche de  Kuhn : c’est quoi exactement ?

Kuhn mobilise l’histoire des sciences afin d’expliquer la dynamique des sciences non plus d’un point de vue uniquement cognitif, mais en tenant compte de facteurs sociaux. Si Kuhn n’est pas le seul ni le premier à avoir tenu cette position1, c’est son ouvrage majeur, La Structure des révolutions scientifiques, paru en 1962, qui est généralement considéré comme emblématique et véritablement fondateur de cette approche. (Caractéristiques sociologique des communautés scientifiques)

Il y développe la thèse d’une science progressant de manière fondamentalement discontinue, c’est-à-dire non par accumulation mais par rupture. Ces ruptures, appelées révolutions scientifiques, sont selon Kuhn analogues à un renversement des représentations des savants. Paradigme est nommé par Kuhn « Matrice disciplinaire »

Séquencement selon Kuhn : Pré-sience >> science normale >> Cirse évolution >> Nouvelle science normale >> Nouvelle crise

Un paradigme est difficilement définissable (Ce sont les lois explicitement formulées un peu comme le noyau dur de Lakatos).  Exemple : Paradigme Newtonien (contient les lois du mouvement de newton, appliqués aux mouvements planétaires, aux collisions des boules de billard, aux pendules, etc…). Un paradigme est toujours imprécis et extensible pour laisser la porte ouverte. On s’efforce donc à résoudre les énigmes qui se posent à l’intérieur du paradigme, si on y’arrive pas ceci ne falsifie pas le paradigme mais est considéré comme une anomalie.

Selon Kuhn c’est l’absence de désaccords qui permet de distinguer une science mure (permet la spécialisation en recherche) de pré-science en construction (ne permet aucune spécialisation car débat sur les fondements). Il y’aura autant de théories que de scientifiques qui la forment (Le cas de l’optique avant Newton et sa théorie corpusculaire) !

Le nombre d’anomalies graves et leur durée peut ébranler la confiance en un paradigme donné et précipiter son changement par un rival, ceci est annonciateur alors que le temps est mûr pour une révolution.

Exemple paradigme aristotélicien : L’univers est divisé en 2 domaines : supralunaire stable et inchangeable, terrestre changeant.

Les concepts de paradigme, de « science normale » et de « science révolutionnaire » forment la base du modèle kuhnien de l’évolution de la science. De façon générale, en s’appuyant ainsi sur une théorie des révolutions scientifiques, Kuhn défend contre Popper l’idée que les théories scientifiques ne sont pas rejetées dès qu’elles ont été réfutées, mais seulement quand elles ont pu être remplacées. Ce remplacement est pour partie un phénomène social (et donc imitatif), dans le sens où il engage une communauté de scientifiques en accord sur un agenda centré sur l’explication de certains phénomènes ou de certaines expériences. Cette communauté est dotée d’une structure qui lui est propre (conférences, publications…). Il n’est pas rare dans l’histoire que plusieurs écoles coexistent pour une même discipline scientifique, éventuellement dans une relation d’opposition et d’ignorance réciproque relatives, chacune abordant des problématiques communes à travers des paradigmes différents.

Il est aussi impossible selon Kuhn de déterminer la supériorité d’un paradigme par rapport à un autre, car les paradigmes rivaux sont « incommensurables ». Une conversion lente de la communauté scientifique démarre jusqu’à l’adoption du nouveau paradigme.

Kuhn insiste sur le fait que la science normale doit être non critique (des efforts des scientifiques à l’intérieur du paradigme doivent être faits pour l’enrichir et améliorer son degré d’adéquation avec la nature) pour ne pas empêcher la recherche approfondie.

Kuhn nie être un relativiste aussi,  mais a phrase « il n’ya point d’autorité supérieure à l’assentiment du groupe concerné » trahit sa pensée. Le plus important pour kuhn n’est pas le critère universel, mais plutôt si le domaine ou paradigme retenu est capable de donner lieu à une tradition de science normale (ceci ferait du crime organisé aussi bien que la philosophie des sciences) ! Popper a critiqué ce critère de démarcation proposé par Kuhn.

La pensée kuhnienne a toutefois été critiquée pour diverses raisons. L’évolution de la science comme Kuhn la représente, a le défaut de faire intervenir le concept de relativisme, qui consiste, schématiquement, à dire : « Toutes les opinions se valent. » ou encore « A chacun sa vérité. » Il est clair que du moment où la science s’obstine à se purger du poids de l’opinion et des préjugés, et à s’approcher le plus possible d’une représentation unique qui soit unanimement adoptée par la communauté scientifique, le relativisme doit être évité et rejeté.

Pour résumer, Lakatos voit le monde en terme de paradigme de recherche scientifiques, un ensemble de croyances partagés par les chercheurs d’une époque assez large et diffus dans lequel s’inscrit la science. La science avance alors dans une dynamique révolutionnaire au fur et à mesure, pour réaliser des changements de paradigmes ou de façon de voir le monde. Cette vision fait de la science un construit social dépendant de la communauté de chercheurs qui accepte à un moment donnée un certain nombre de fondements et postulats jusqu’à leur effondrement

Point : Objectivisme, rationalisme et relativisme

En observant les parties précédentes, nous avons vu des tentatives de mettre place des sortes de Framework pour l’évolution des sciences qui aussi leur démarcation entre science et non science. Dans cette partie on verra la démarcation sous de nouvelles perspectives.

A- Rationalisme versus Relativisme pour démarquer les théories : La rationalisme extrême pose l’existence d’un critère universel et ahistorique permettant d’évaluer les théories rivales et de délimiter la science de non science (Pour l’inductiviste par exemple ca sera l’observation, alors que pour le falsificationiste ca sera la falsifiabilité de la théorie).

Pour le relativiste, il nie l’existence d’un critère universel, ahistorique de délimitation. Ce qui est jugé meilleur ou pire du point de vue des théories scientifiques varie d’un individu à un autre et d’une communauté à une autre. (Exemple l’occident se focalise sur la science matérielle du monde, mais moins important pour une société pour qui la science doit être un moyen d’atteindre la paix et le bonheur). Pour le relativiste il est moins regardant sur le problème de démarcation entre science et non science.

La régression infinie des causes : Pour justifier un énoncé d’observations nous avons besoin d’un autre énoncé, et ainsi de suite … (il faut alors disposer d’un jeu d’énoncés qui n’a pas besoin d’être justifié, ce qu’on appelle les fondements de la connaissance).

B- L’objectivisme  :

La connaissance est traitée comme quelque chose d’extérieur à l’esprit ou ou cerveau humain, et non comme quelque chose d’intérieur.  Une posture dans le rapport au monde qui privilégie l’objectivité sur la subjectivité – ne s’appuyant que sur ce qui se présente comme la réalité, écartant ce qui est jugé comme produit de l’esprit. Une citation objectiviste typique est « Reality is that which, when you stop believing in it, doesn’t go awayPhilip K. Dick » (La réalité, c’est ce qui ne disparaît pas quand on arrête d’y croire.) Exemple : Un langage contient en lui même des propositions objectives sans que les sujet qui l’utilisent soient conscients ou pas. C’est le cas d’un avocat qui découvre la contradiction de 2 témoins à la relecture approfondie des dossier, que les témoins en soient conscients ou pas, les propositions peuvent donc avoir des propriétés tout à fait indépendantes de la conscience des sujets.  Ces situations existent dans toute construction théorique et sont des opportunités objectives qui existent et qui attendent à être découvertes, Popper fait une analogie avec les nichoirs dans un jardin qui attendent que des oiseaux viennent y mettre leurs nids.

Les êtres humains disposent de deux façons différentes d’acquérir la connaissance (L’observation : on parle alors d’empirisme), sinon (la pensée : on parle alors de théorie rationaliste classique)

Selon le rationalisme le savoir est accessible à l’esprit humain par la pensée, une illustration parfaite en est la géométrie euclidienne, les fondements de ce corps particulier sont des axiomes du type (2 points sont connectés par une droite, tous les théorèmes qui en découlent seront vrais) (Certains d’entre eux sont tombés à l’eau avec la théorie de relativité d’einstein) ! (René Descartes est le premier rationaliste moderne)

Pour l’empiriste classique, on accède aux fondements du savoir par les sens. Les empiristes pensent pouvoir établir le fondement de certains énoncés en les confrontant au monde réel (Voir plus haut inductivisme qui en est une forme). John Locke fut l’un des premiers empiristes modernes

Une expérience est une interaction planifiée et guidée par la théorie avec la nature. On observe à travers le temps que la science se construit une interaction sociale (revues à comité de lecture, critiques, etc…) et non comme un jugement individuel. La physique possède 2 caractéristiques clés : L’usage des expériences pour mettre à l’épreuve des théories (empirisme) et de l’autre coté l’usage d’un corpus théorique exprimé en langage mathématique.

Popper et Lakatos étaient des objectivistes convaincus, pour popper « la connaissance est connaissance sans connaisseur, elle est connaissance sans sujet connaissant ».

Pour résumer, l’humain accède à la connaissance par l’esprit ou par l’empirisme. et la connaissance est soit perçue comme objective et existant en tant que tel, ou comme subjective et construite par l’individu.

Quatrième  courant : La théorie anarchiste de la connaissance par Paul Feyerabend

 Toutes les méthodologies ont leurs limites, et la seule « règle » qui survit, c’est « tout est bon » », Paul Feyerabend.

Dans ses livres Contre la méthode et Science in a Free Society (« La science dans une société libre », non encore traduit en français), Feyerabend a défendu l’idée qu’il n’existe pas de règles méthodologiques immuables dont les scientifiques devraient toujours se servir, et qui garantiraient de façon incontestable la validité de leurs recherches. Il a reproché à une telle méthodologie prescriptive de limiter le champ d’activité des scientifiques et de restreindre par là-même le progrès scientifique. Selon lui, une « dose » d’anarchisme méthodologique ne pourrait être que profitable à la science

Selon Feyerabend, les théories nouvelles ne sont jamais acceptées pour avoir respecté une démarche scientifique, mais parce que ceux qui la soutenaient se sont servis de toutes les astuces possibles –qu’elles consistent dans des arguments rationnels, des artifices rhétoriques ou dans de la pure propagande– pour faire avancer leur cause. Dès lors, la seule approche qui ne nuit pas au progrès est « tout est bon » (anything goes). A condition de ne pas verser dans l’extravagant selon Feyerabend

Feyerabend pensait également que l’incommensurabilité des théories, c’est-à-dire le fait de ne pouvoir comparer directement les théories parce qu’elles sont basées sur des suppositions incompatibles, pourrait également empêcher l’utilisation de critères généraux pour définir la qualité de théories scientifiques. Il n’est pas de théorie supérieure à une autre, puisqu’en aucun cas les théories scientifiques n’appréhendent le réel à partir des mêmes axes, selon lui. (exemple des lois mécaniques de newton et la relativité d’einstein qui sont complétement différents, le matérialisme et le dualisme esprit-matière)

Il estime condescendante l’attitude de nombreux scientifiques envers d’autres modes de pensée et de connaissance. Il rappelle entre autres que les opinions négatives sur l’astrologie ou sur l’effectivité des danses de la pluie n’ont pas fait l’objet de réfutations scientifiques2, et que le refus de ces phénomènes ne relevait donc plus du rationnel. Pour lui, la science devenait une idéologie répressive après avoir été un mouvement initialement libérateur. Feyerabend pensait utile pour une société moderne de se libérer d’une vision uniquement causale du monde, comme elle l’avait fait des idéologies finalistes.

Contestant l’idée de méthode scientifique universelle, Feyerabend affirme déplacée la position dévolue aux sciences dans les sociétés occidentales, et donc le scientisme. Puisque les scientifiques ne peuvent parvenir à adopter un point de vue universel qui garantirait la qualité de leurs observations, il n’y a pas pour lui de raison que les assertions de la science soient privilégiées par rapport à celles d’autres idéologies comme les religions. On ne pourrait donc juger les autres idéologies à partir des visions de la science du moment. En outre, les grands succès scientifiques ont historiquement comportés des éléments non scientifiques. L’inspiration du scientifique lui vient au moins en bonne partie du mythique ou du religieux3.

Feyerabend a également opéré une critique du falsificationnisme poppérien. Il lui objecta qu’aucune théorie intéressante ne serait jamais en accord avec tous les faits. Cela va à l’encontre d’un falsificationnisme naïf qui consisterait à dire que toute théorie scientifique devrait être rejetée dès lors qu’elle ne serait pas compatible avec tous les faits connus. Feyerabend explique par exemple qu’au temps de Galilée, l’optique ne rendait pas compte de phénomènes qui pourtant pouvaient être observés par les télescopes. Les astronomes qui se servaient des observations des télescopes avaient déjà recours à des hypothèses ad hoc jusqu’à ce qu’ils puissent justifier leurs suppositions grâce à la théorie optique.

« L’idée que la science peut, et doit, être organisée selon des règles fixes et universelles est à la fois utopique et pernicieuse. Elle est utopique, car elle implique une conception trop simple des aptitudes de l’homme et des circonstances qui encouragent, ou causent, leur développement. Et elle est pernicieuse en ce que la tentative d’imposer de telles règles ne peut manquer de n’augmenter nos qualifications professionnelles qu’aux dépens de notre humanité. En outre, une telle idée est préjudiciable à la science, car elle néglige les conditions physiques et historiques complexes qui influencent en réalité le changement scientifique. Elle rend notre science moins facilement adaptable et plus dogmatique : chaque règle méthodologique étant associée à des hypothèses cosmologiques, l’usage de l’une nous fait considérer la justesse des autres comme allant de soi. Le falsificationisme naïf (réfutabilité naïve – NdR) tient ainsi pour acquis que les lois de la nature sont manifestes, et non pas cachées sous des variations d’une ampleur considérable ; l’empirisme considère que l’expérience des sens est un miroir du monde plus fidèle que la pensée pure ; le rationalisme, enfin, assure que les artifices de la raison sont plus convaincants que le libre jeu des émotions (…) », Paul Feyerabend.

En se basant sur cette argumentation, Feyerabend prône alors la séparation de la science et de l’État, de la même façon que la religion et la société sont séparées dans les sociétés modernes séculières. Il envisage « une société libre » dans laquelle « toutes les traditions auraient les mêmes droits et le même accès au pouvoir ». Par exemple, les parents devraient avoir le droit de déterminer le contexte idéologique de l’éducation de leurs enfants, au lieu de n’avoir que des options limitées par la science.

Pour résumer, pour feyerabend il faut combattre la méthode qui nous rend dogmatique et avoir une vision anarchique de la science, le principe est de dire tout est bon à condition de ne pas verser dans l’extravagance. La science ne doit aucunement prétendre être supérieure aux autres disciplines, et vouloir comparer les théories est une folie puisqu’elles sont incommensurables sur des critères objectifs.

Point : Réalisme, instrumentalisme et vérisimilarité

Si vous êtes toujours vivant ou vivante et vous n’avez pas perdu conscience ceci est bon signe😉 vous être peut être un futur philosophe des sciences ! mais cette partie est assez importante elle traite du lien entre théorie et monde qu’elles sont censées expliquer. 

Le réalisme selon chalmers : Une théorie vise à décrire le monde (stable) tel qu’il est réellement, la théorie rend donc compte d’une réalité. Notion de vérité, le monde existe indépendamment de nous. Une théorie sera vraie même si personne n’y croit, ou fausse même si tout le monde y croit.

Exemple : Théorie cinétique des gaz, Réalisme (vérité) ou instrumentalisme (fiction) ?

L’instrumentalisme : la composante théorique de la science ne décrit pas la réalité, les théories y sont vues comme des instruments conçus pour relier entre elles deux séries d’état observables. Les théories contient aussi une notion de vérité mais plus restrictive, ou on considère que la théorie est « utile ou pas » en tant qu’instrument pour la maitrise expérimentale du monde observable. L instrumentalisme est la position qui considère que les modèles scientifiques ne sont que des instruments nous permettant de concevoir commodément les phénomènes et, éventuellement, de les devancer par des prédictions. Dans sa version extrême il y’a séparation entre concepts théorique (fictions utiles pour faciliter le calcul), et concepts applicables aux situations observables.

Exemple concepts applicable : l’instumentaliste naif admet l’existence de boules de billard avec des boules qui roulent a des vitesses différentes, ou entrer en collision avec les bords.

Exemple concept théorique : La mécanique newtonienne servira de dispositif calculatoire permettant de déduire les positions observables et la vitesse des boules. (force impulsion d’impact, de frottement, etc…).

Les théories scientifiques sont donc un ensemble de règles reliant un ensemble de phénomènes.

Exemple : La structure moléculaire du benzène (voir plus haut) est une série d’anneaux selon kékulé, il considérait lui même ces anneaux comme des fictions théoriques utiles, jusqu’à l’avènement de microscopes électroniques et la possibilité de les voir quasi-directement.

L’attitude instrumentaliste est moins productive que l’attitude réaliste qui ouvre plus de perspectives de développement (prennent plus de risque et de spéculation qui fait progresser la science).

Pour Chalmers, l’instrumentalisme est une sorte d’inductivisme qui possède les mêmes défauts (observations chargées de théories, etc..)

Passons désormais à l’étude de la vérité !

La théorie de la vérité-correspondance considère que la vérité ou la fausseté d’une proposition dépend de ses rapports avec le monde : une proposition sera dite vraie si elle décrit adéquatement un état de choses réel1. L’expression de vérité-correspondance a émergé au XXe siècle en tant que telle, mais il s’agit là d’une conception classique en philosophie de la connaissance, qu’on peut faire remonter jusqu’aux Grecs. Cette théorie s’oppose en particulier à la conception de la vérité en tant que cohérence, qui affirme que la vérité d’une proposition ne dépend pas de son rapport au monde, mais de ses relations avec d’autres propositions. Ces deux théories s’opposent donc sur la nature du rapport entre le langage et le monde. Les tenants d’une conception de la vérité en tant qu’adéquation avec le monde sont le plus souvent aussi tenants d’une conception réaliste, affirmant l’existence du réel indépendamment de nos perceptions.

Le principal défenseur de la théorie de la vérité comme correspondance avec les faits, est le mathématicien Alfred Tarski. Ses thèses furent reprises, notamment par Karl Popper pour sa « Logique de la découverte scientifique ». Au XXe siècle, Bertrand Russell et George Edward Moore ont soutenu une théorie de la vérité-correspondance. Exemple du paradoxe du menteur : « un homme déclare « Je mens ». Si c’est vrai, c’est faux. Si c’est faux, c’est vrai. » Tarski sépare donc le « Langage objet » du « métalangage ».

La notion de vérité ou vérisimilarité et les problèmes qu’elle pose :

L’une des premières difficultés de la vérité réside dans le fait que les lois que la science est censée saisir, existent en dehors de toute intervention humaine ou expérience (l’humain procède donc à des déformations lors de son expérience). Schématiquement donc en parlant de recherche de vérité, les lois de la physique cherchent choisissent certains propriétés ou caractéristiques qui peuvent être attribuées à des objets. En général, les systèmes auront d’autres caractéristiques que celles ayant trait à une loi donnée et soumis à l’éxpérience, et seront soumis à ces caractéristiques supplémentaires (exemple une feuille qui tombe : est un système mécanique, hydrodynamique, chimique, biologique, optique et thermique) Ce sont sont donc des formulations alternatives pour une loi de physique, ce qui peut poser problème. Aussi, la théorie de correspondance avec la vérité ne prend pas en compte que les théories sont des créations humaines pouvant être modifiées avec le temps, alors que le monde réel est différent.

Popper essaya de contribuer à ce problème de recherche de vérité en parlant d’approximation vers la vérité, ou la vérisimilarité. Les théories donc progressent à chaque fois de plus en plus vers la vérité, chaque théorie contient du vrai et faux, si son contenu de vrai dépasse son contenu de fausseté on la prend et elle nous aura rapproché un peu plus de la vérité. Karl Popper défend le réalisme contre l’instrumentalisme en inventant le concept de vérisimilarité dans Conjectures et réfutations. Même si chaque théorie est un jour ou l’autre abandonnée au profit d’une nouvelle, et par conséquent considérée comme fausse (en tant que non conforme à la réalité), Popper considère que la nouvelle théorie est malgré tout plus proche de la vérité que celle qu’elle remplace. La vérisimilarité est cette approximation vers la vérité des théories en évolution.

Chalmers conclue par dire que son ouvrage vise à combattre ce qu’on appelle l’idéologie de la science dans nos sociétés ou cette sorte de sacralisation extrême, elle utilise le concept douteux de science et vérité qui est sensée lui correspondre. Les physiciens comme popper et lakatos attaquent le marxisme, la psychologie adlérienne, ou la sociologie moderne sous prétexte qu’elles ne sont pas réfutables, et nomment ça « la pollution intellectuelle » , d’un autre côté l’approche de « tout est bon » de Feyerabend bous contraint à renoncer à toute structuration. Personne ne sait à quoi ressembleront les théories du futur en tout cas pas la philosophie des sciences !

Pour résumer, certains considèrent que la réalité existe en tant que telle et le rôle des théories est de la représenter (réalisme). D’autres considèrent les théories comme un instrument, ou modèle qui approxime la réalité. Des théories comme la correspondance avec la vérité de Tarski ont essayé de définir comment capter la réalité et si une théorie y correspond. Popper appuiera que la science s’approche de plus en plus de la vérité ou vérisimilarité. Pour conclure, il ne faut pas se laisser impressionner par l’idéologie scientifique ambiante,  car il n’existe point d’éléments clairs pour le construire, ou pour le confirmer de façon parfaite avec la vérité.

Des fois, le sujet de philosophie des sciences peut paraitre barbant ou stérile comme un serpent qui se mordrait un peu la queue, car on sent une forte logique de dialectique et de débat, mais des fois sans structuration cohérente des pensées…..  il est néanmoins vital de savoir tous les débats qui ont précédé à ce sujet, car ceci nous permet d’étendre notre champ de vision et avoir un rapport plus éclairé avec la recherche. La lecture de ce travail nous incite à nous poser encore plus de questions, sur ce qu’est la science, comment elle se construit, comment valider ou pas si nous sommes proches de la vérité. A mon sens personnel et ceci n’engage que moi, elle confirme à nouveau une sorte de relativisme ou à chaque fois il faut commencer par délimiter un champ d’application de quoi on parle avant de générer des lois. Quand par exemple on parle dés le début de faillibilité des énoncés d’observations qui affaiblissent l’inductivisme, il faut spécifier si on parle de monde visible ou si on étend notre pensée à l’existence d’un monde invisible ? Si c’est le monde invisible seulement nous admettons que nos 5 sens sont limités, et que dans les bornes de ce que nous voyons voici la réalité relative à cette logique purement matérielle. Si nous élargissons l’horizon, on peut à ce moment là toucher à l’aspect métaphysique dur à capter, et chercher à capter le monde avec de nouveaux sens ou de nouveaux instruments.  La philosophie des sciences devra faire la distinction dans sa construction entre (finalité des sciences, nature de l’objet étudié, perspective de développement historique, validité des prédictions d’une théorie ou modèle, et notion de vérité relative–champ délimité–)

En exemple concret : Finalité des sciences sociales (comprendre et agir sur le groupe ou individu), nature de l’objet étudié (comportement apparent, ou psychologie de l’individu), perspective de développement historique (les explications présentées par popper, inductivistes, lakatos ou kuhn, Feyerabend, qu’est ce qui correspond le mieux), validité du modèle (la prédiction répond bien ou non à la finalité), notion de vérité relative (les résultats obtenus se limitent à un champ espace temps défini, ou c’est un modèle qui fonctionne à l’universel ?)

Version du contenu : 29/12/2012

Yassine EL Bouchikhi

Recommandations et références clés de lecture :

What is this thing called science by Alan Chalmers

The Structure of Scientific Revolutions: 50th Anniversary Edition  Par Thomas S. Kuhn

Against Method: Outline of an Anarchistic Theory of Knowledge  Par Paul K. Feyerabend

The Methodology of Scientific Research Programmes: Volume 1: Philosophical  Par Imre Lakatos

The Logic of Scientific Discovery, par Karl Popper

How to defend society against method ? Faul Feyerabend

Document vidéo  à voir :

Vocabulaire de base  :

Inductivisme, déduction, syllogisme, induction, argument circulaire, prémisse, falsificationnisme, vérisimilarité, paradigme de recherche, positivisme,Régression infinie des causes, axiome, conditions initiales, réfutable, conjecture, noyau dur, programme  de recherche, objectivisme, relativisme, rationalisme, instrumentalisme, réalisme, incommensurabilité,

Bibliographie pour cette page :

http://fr.wikipedia.org

Introduction et réflexions sur l’épistémologie (1 sur 2)

What is this thing called science by Alan Chalmers

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